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TMS, trois petites lettres et de grandes conséquences sur la santé au travail

10/04/2017
En recrudescence, les troubles musculo-squelettiques sont source de nombreuses maladies dites professionnelles et de désorganisation pour une entreprise. Pourtant, de nombreuses solutions existent pour prévenir ces troubles.
TMS, trois petites lettres et de grandes conséquences sur la santé au travail


Beaucoup n’hésitent pas à parler de mal du siècle en entreprise. Les chiffres vont d’ailleurs dans ce sens. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) représentent aujourd’hui la première cause de maladies professionnelles reconnues, soit 70 % des maladies professionnelles déclarées. Un phénomène en progression de 20 % par an durant cette dernière décennie. Mais quelles sont donc ces nombreuses affections dont l’origine aurait un lien direct avec le travail ? La liste est précise et elle est établie par les acteurs de la santé au travail. « Les troubles musculo-squelettiques regroupent une quinzaine de maladies qui affectent les muscles, les tendons et les nerfs des membres et de la colonne vertébrale. Ce sont des pathologies multifactorielles à composante professionnelle. Les TMS s’expriment par de la douleur mais aussi, pour ceux des membres supérieurs, par de la raideur, de la maladresse ou une perte de force », définit l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité). Plus clairement, tendinites, lombalgies, syndrome du canal carpien, épicondylite (inflammation de certains tendons du coude) et encore hygroma (tuméfaction) du genou et du coude sont autant de TMS reconnus comme maladies professionnelles. Et contrairement à ce que beaucoup pensent, les TMS ne sont pas des pathologies réservées à ceux qui évoluent sur des chaînes de production et prennent en charge un travail répétitif. Dans toutes les entreprises, de la plus petite à la plus grande, et à tous les postes, y compris administratifs, on retrouve des situations pouvant générer un TMS. Si toutes ces pathologies n’évoluent pas vers un handicap total pour celui ou celle qui en souffre, elles n’en restent pas moins des facteurs dont les conséquences sont lourdes pour les entreprises. Absentéisme, turn-over, désorganisation, diminution de performance, autant de phénomènes qui trouvent souvent leur origine dans un TMS.


AGIR EN AMONT


Avec la recrudescence de ces maladies dites professionnelles, les employeurs sont bien souvent mis au pied du mur et contraints d’adapter les postes de travail, car ils ne se doutent pas que les missions qu’ils confient à leurs collaborateurs sont potentiellement causes de TMS. Une situation souvent mal vécue. C’est pourquoi les experts conseillent de briser les tabous et surtout d’agir en amont. « Le meilleur levier est la parole. Il faut être à l’écoute de ses salariés et entendre leurs remarques lorsqu’ils estiment qu’une tâche est difficile, pénible et à l’origine de douleurs », estiment les consultants du cabinet Ethos Expertise, spécialiste de la santé au travail. En agissant de la sorte, certaines adaptations pourront peut-être prévenir les maux. « Là encore, les salariés sont ceux qui ont souvent les meilleures idées pour aménager leur poste de travail ou s’organiser différemment », les consultants d’Ethos Expertise en sont convaincus. Reste que même si la prise de conscience est bien là et la volonté aussi, nombre de chefs d’entreprise sont démunis face aux actions à entreprendre pour prévenir les TMS. Il existe pourtant un certain nombre d’organismes pouvant être sollicités, à la fois pour réaliser des bilans et pour mettre en place des solutions, voire participer au financement des adaptations à réaliser sur le poste de travail d’un salarié atteint de TMS. Ainsi, les conseillers de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) proposent dans le cadre de leurs missions des interventions gratuites en faveur des PME. La Carsat, organisme axé sur la retraite, l’aide sociale et la gestion des risques professionnels, peut aussi être sollicitée sur ces sujets, tout comme les médecins du travail. Sans compter certains cabinets indépendants qui peuvent dresser un diagnostic et conseiller des aménagements. « Certains aménagements peuvent ne pas être très coûteux. En tout cas moins coûteux au final que de prendre le risque de devoir se priver d’un salarié compétent et d’avoir des problèmes avec des clients insatisfaits », fait remarquer l’équipe d’Ethos Expertise.


LA RESPONSABILITÉ DE L’ENTREPRISE PEUT ETRE ENGAGÉE


Aménager un poste de travail est aussi moins coûteux que de risquer de se retrouver devant un tribunal. Car l’employeur ayant une obligation de sécurité et de résultat à l’égard des salariés, depuis les arrêts dits “amiante”, le refus d’aménager un poste peut conduire un chef d’entreprise devant le juge. En effet, dans les jurisprudences “amiante”, la faute inexcusable est caractérisée dès l’instant où l’employeur a eu ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient exposés ses salariés, et n’a pas mis en œuvre les moyens nécessaires pour les préserver. Heureusement, en pratique, rares sont les litiges portant sur l’aménagement d’un poste de travail ou l’apparition d’un TMS qui se terminent au tribunal. Mais si tel est le cas, il faut savoir que la reconnaissance de la faute inexcusable d’un employeur en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle peut aller jusqu’à des condamnations financières sur le plan du droit de la sécurité sociale et du droit du travail. Par exemple, la CPAM peut condamner un employeur à verser des cotisations supplémentaires au titre notamment de la majoration de la rente d’incapacité à laquelle peut prétendre la victime. Autant d’éléments plaidant pour la prévention. Mais en la matière, préviennent les consultants d’Ethos Expertise, « les entreprises ont souvent une approche technique en aménageant les postes de travail. C’est nécessaire, mais pas suffisant, il faut en effet aussi et surtout prendre en compte l’organisation du travail ». Et en la matière, chacun peut prendre sa part. L’employeur peut ainsi investir dans des équipements plus performants, rendant les tâches moins pénibles, et organiser le travail différemment. Quant aux salariés, il leur suffit parfois d’adopter d’autres gestes et postures pour économiser leurs muscles et articulations. Ce faisant, les TMS ne seront plus une fatalité !



LES TMS EN CHIFFRES



• Coût moyen d’un TMS (soins, adaptation de poste, indemnisation, etc.) : 21 512 euros
• Nombre de nouveaux TMS indemnisés en 2012 : 46 000
• Journées de travail perdues pour les actifs du régime général : 9,7 millions (en 2010)

Sources : CNAMTS


Texte : Françoise Sigot

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