REGARDS D’EXPERTS : interview de Aldo Lanzalotta

« Dans le secteur de la piscine, les litiges sont souvent liés à un manque d’information ou de formation »

 
Fort de plus de 40 ans d’expérience dans le bâtiment, dont une large part consacrée au secteur de la piscine, Aldo Lanzalotta dirige depuis 14 ans le centre ST Formation (basé en Isère), spécialisé notamment dans la pose de membranes armées.

Formateur, et ancien membre du jury du Meilleur Ouvrier de France, il est depuis deux ans expert judiciaire auprès de la Cour d’appel de Grenoble. Dans cette interview, il revient sur son rôle dans les litiges liés à la construction de piscines et partage son analyse des problématiques et des bonnes pratiques du métier. 

Expert judiciaire auprès de la Cour d’appel de Grenoble / © Aldo Lanzalotta

En tant qu’expert judiciaire, quel est votre rôle lors d’un litige dans le domaine de la construction de piscines ?

La mission de l’expert judiciaire consiste à analyser techniquement les désordres constatés. Nous ne statuerons jamais sur les responsabilités : nous sommes désignés par le tribunal pour examiner un ouvrage, identifier les désordres et en déterminer les causes de manière objective et indépendante.

Nous rédigeons ensuite un rapport détaillé, qui peut nécessiter plusieurs mois de travail, dans lequel nous rassemblons l’ensemble des éléments techniques utiles à la compréhension du dossier. Ce rapport a pour objectif d’éclairer le tribunal. Il appartient ensuite au juge de statuer sur les responsabilités et les conséquences juridiques du litige, au vu des éléments techniques apportés par l’expertise et des arguments développés par les parties.

Quelles sont les principales problématiques ou défauts que vous rencontrez lors de vos expertises ?

Lors d’une expertise, les désordres sont analysés selon trois axes : la conception, la mise en œuvre et les conditions d’exploitation de l’ouvrage.

Nous rencontrons fréquemment des défauts de conception ou d’adaptation au terrain : bassins mal implantés, contraintes du sol insuffisamment étudiées, gestion des eaux périphériques mal anticipée. Ces éléments peuvent générer des désordres structurels ou des problèmes d’évacuation.

Les défauts d’exécution sont également courants, notamment en matière d’étanchéité. Une soudure mal réalisée sur une membrane armée entraîne presque systématiquement une fuite. 

Nous constatons aussi des problèmes de dallage, avec des pentes inversées empêchant l’écoulement correct des eaux, ainsi que des défaillances au niveau des canalisations ou du système de filtration mal adapté à la configuration de la piscine.

Enfin, certains désordres relèvent des conditions d’exploitation, notamment de l’équilibre chimique de l’eau. Une mauvaise gestion des paramètres peut provoquer décolorations, dégradations prématurées des revêtements ou altérations des équipements. Il est alors essentiel d’en déterminer précisément l’origine.

Avez-vous constaté une évolution du métier et des pratiques ces dernières années ?

Le secteur s’est structuré et de nombreuses entreprises travaillent aujourd’hui dans le respect des règles de l’art. Elles sont assurées, contractualisent correctement et accompagnent davantage leurs clients.

Cependant, certains litiges trouvent encore leur origine dans un défaut d’information ou dans une maîtrise technique insuffisante. 

La période post-Covid a également vu une forte augmentation du nombre d’intervenants sur le marché. Lorsque la formation ou l’expérience ne sont pas suffisantes, le risque de sinistres peut mécaniquement augmenter.

Or les désordres apparaissent souvent entre deux et cinq ans après la construction. Il est donc probable que certains dossiers émergent dans les années à venir.

Selon vous, quelles sont les bonnes pratiques essentielles pour garantir des ouvrages durables et éviter les litiges ?

La formation demeure un élément central. Les métiers de la construction, de l’étanchéité et de la chimie de l’eau exigent un véritable savoir-faire. On ne maîtrise pas la pose d’une membrane armée en quelques jours, pas plus que l’équilibre chimique d’un bassin ne s’improvise.

Il est également indispensable d’anticiper dès la conception les contraintes spécifiques du procédé retenu. Une piscine destinée à recevoir une membrane armée ne répond pas aux mêmes exigences qu’un bassin prévu pour un revêtement carrelé. 

Si ces paramètres ne sont pas intégrés en amont, des fissurations ou des problèmes d’étanchéité peuvent apparaître.

Les litiges sont souvent liés à un manque d’information ou de formation. La formation continue, le respect des règles de l’art et une information claire du client constituent les fondements d’ouvrages durables et d’une profession sécurisée.

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