Une piscine sous la charpente

Une vieille grange en terre battue, une chouette nichée dans les poutres, une cliente parisienne qui chine et une piscine qui s’installe comme si elle avait toujours été là… Nous avons rencontré Audrey Rabiot, conceptrice d’espace chez Piscinelle, pour nous parler de cette réalisation d’exception qui a reçu le Trophée FPP 2025 dans la catégorie « Conservation du patrimoine ».

Une maison qui a une âme 

Une cliente parisienne voulait aménager une piscine dans la grange de sa résidence secondaire dans l’Oise. Une vieille maison de ville que la même famille habite depuis des générations. Quand Audrey Rabiot, conceptrice d’espace chez Piscinelle, franchit le portail pour la première fois, elle comprend immédiatement qu’elle n’est pas face à un projet ordinaire. « La cliente m’a fait visiter les lieux. Elle aime chiner, elle a le sens des choses. J’ai tout de suite senti que cette maison avait une âme ». En effet, les murs ont plus de cent ans et cet héritage se sent à chaque pierre. Et puis il y a la grange. Sol en terre battue, charpente brute, ferronnerie sur le côté qui découpe la lumière en tranches dorées. Une chouette y a d’ailleurs élu domicile.
« C’est un espace magnifique, avec des jeux d’ombre et de lumière incroyables » explique la chargée de projet.

Le bois plutôt que le minéral 

Au départ, la cliente avait une idée bien arrêtée : une piscine minérale, semi-enterrée, qui ressorte dans l’espace. Audrey n’était pas convaincue. « Je ne me voyais pas mettre quelque chose de froid et de minéral dans cet endroit chargé d’histoire ». Elle prend le temps d’expliquer, de montrer, de projeter ; la cliente suit. 

« Elle a changé d’avis et nous avons finalement opté pour le bois. C’est là que le projet est devenu exceptionnel ». Le résultat est une terrasse en Ipé, référence absolue du bois exotique, qui déborde de 20 centimètres autour du bassin, avec de gros coussins disposés tout autour et une petite balançoire en osier. Un lieu de vie à part entière, aussi bien pour une sieste à l’ombre que pour une soirée entre amis.

L’inaccessible rendu accessible

Reste la contrainte majeure, les accès. La grange est là, mais y faire entrer du matériel de chantier est une autre histoire. Piscinelle a une réponse à ça. « Rendre accessible l’inaccessible », sourit Audrey. L’ossature en aluminium arrive en kit, transportable et montable à bras d’homme et ne nécessite aucune machine lourde ni intervention invasive. La structure s’assemble, la piscine prend forme. Fabrication 100 % française, entièrement sur mesure, le bassin de 6,50 m x 3,50 m accueille un Escabanc hybride, mi-banquette mi-marches, et un liner gris ardoise qui joue subtilement avec la lumière tamisée de la grange. Côté équipements, tout a été pensé pour être le plus économe possible : pompe à chaleur, traitement automatique de l’eau par électrolyse de sel, filtration à débit variable… Une piscine sobre, efficace et basse consommation.

15 degrés et une combinaison de plongée

Quand la livraison a lieu, l’eau n’est qu’à 15 degrés. Qu’à cela ne tienne, la cliente a acheté une combinaison de plongée pour se baigner le jour même. « Elle ne voulait pas attendre ». Le genre de réaction qui dit tout sur la réussite d’un projet.

Sous les poutres centenaires, entre la ferronnerie qui filtre la lumière et le sol en terre battue, la piscine est là, discrète, cohérente, évidente. Les matériaux sont modernes, la bâtisse ne l’est pas, et pourtant tout se tient. « On ressent tout le poids de l’histoire et la piscine en est la continuité naturelle. Elle ne s’impose pas, elle s’intègre ». La chouette est toujours là, elle aussi.

Propos recueillis par Fanny Pincanon – Photos : Fred Pieau

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