Ressource en eau : un nouvel équilibre à trouver

Sécheresses plus précoces, baisse de la disponibilité estivale, évolution des usages : la ressource en eau est au cœur de nouveaux défis. 
Maëlle Ranquet, ingénieure environnement et ressources en eau, revient sur les transformations à venir, les adaptations nécessaires et les enjeux qui concerneront l’ensemble des acteurs économiques et des territoires.

Ces dernières années, la question de l’eau
est devenue très présente dans l’actualité.
Quels changements concrets avez-vous observés en France sur la ressource en eau ?

Ce qui est certain, c’est que les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et surtout de plus en plus précoces. Aujourd’hui, certains territoires doivent déjà mettre en place des arrêtés de restriction des usages de l’eau dès le printemps. Dans la Drôme par exemple, il peut arriver que des restrictions soient instaurées dès les mois de mars ou avril.

Cette situation a un impact direct sur la disponibilité de la ressource, notamment sur la recharge des nappes phréatiques. Lorsque les réserves sont insuffisantes dès le printemps, cela crée un déficit hydrique important en été, avec des conséquences sur l’eau potable mais aussi sur l’agriculture, les usages industriels ou encore les activités de loisirs.

Au-delà de la quantité d’eau disponible, la question de la qualité devient également un enjeu. Avec des volumes d’eau plus faibles, les polluants sont moins dilués et peuvent être davantage concentrés dans les milieux naturels. Les problématiques varient selon les territoires, avec notamment des pollutions d’origine industrielle ou agricole, comme les nitrates.

© Céline Pascal

Comment le changement climatique va-t-il faire évoluer la disponibilité de l’eau en France dans les années à venir ?

Le changement climatique va probablement accentuer les phénomènes que l’on observe déjà aujourd’hui. Les épisodes de sécheresse et de canicule devraient devenir plus fréquents et plus intenses, avec une demande en eau particulièrement forte pendant les périodes estivales.

L’enjeu principal ne sera pas forcément d’avoir moins d’eau sur une année complète, mais plutôt une répartition différente des précipitations. On pourrait avoir davantage d’épisodes pluvieux très intenses en hiver, parfois difficiles à valoriser, et des périodes plus longues sans précipitations lorsque les besoins sont les plus importants.

La hausse des températures entraînera également une augmentation de l’évapotranspiration, ce qui accentuera les besoins en eau des sols et des végétaux.

D’autres phénomènes pourraient aussi apparaître, notamment dans les zones côtières avec la progression du biseau salé : l’eau de mer peut progressivement pénétrer dans certaines nappes phréatiques, limitant leur utilisation pour l’eau potable.

Enfin, la question des conflits d’usage va devenir centrale. Il faudra arbitrer entre les besoins du milieu naturel, de l’agriculture, de l’industrie, des loisirs et de l’alimentation en eau potable. Tout le monde devra adapter ses usages.

Va-t-on vers une gestion plus stricte et plus encadrée de l’eau dans le futur ?

Oui, une gestion plus encadrée de l’eau est déjà en cours. Les restrictions d’usage mises en place dans certains départements montrent que cette évolution a commencé et qu’elle devrait probablement se renforcer dans les années à venir.

Il est toutefois difficile d’imaginer, à court terme, un système généralisé avec des quotas fixes d’eau par habitant. En revanche, lors des périodes estivales critiques, certaines contraintes pourraient devenir plus fréquentes, notamment pour les usages considérés comme non prioritaires.

Les collectivités devront également engager des travaux pour sécuriser l’accès à la ressource : interconnexions entre réseaux, recherche de nouvelles ressources ou amélioration des infrastructures existantes.

Concernant la désalinisation de l’eau de mer, cette solution reste aujourd’hui peu adaptée au contexte français. Elle nécessite beaucoup d’énergie et génère des rejets de saumure qui peuvent avoir un impact sur les milieux naturels. D’autres solutions, comme la réutilisation des eaux usées traitées, pourraient davantage se développer dans les prochaines années.

Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter dès aujourd’hui à ces nouvelles contraintes liées à l’eau ?

Les entreprises vont devoir intégrer davantage la question de la gestion de l’eau dans leur fonctionnement. La première étape consiste déjà à mesurer leurs consommations, car beaucoup d’acteurs ne connaissent pas précisément les volumes d’eau qu’ils utilisent.

Pour les professionnels de la piscine, cela peut aussi passer par un rôle de conseil auprès des clients : réfléchir aux dimensions des bassins, encourager des équipements permettant de limiter les consommations et accompagner les particuliers vers des pratiques plus responsables.

La question porte également sur le type d’eau utilisé. Aujourd’hui, l’eau potable est encore largement utilisée pour de nombreux usages alors que certaines applications pourraient être réalisées avec de l’eau de pluie ou de l’eau recyclée.

À terme, les entreprises devront probablement revoir leurs process pour réduire les consommations, favoriser la réutilisation et éviter les pertes inutiles.

Le secteur de la piscine est-il directement concerné par ces enjeux ?

Oui, même si la piscine n’est pas le seul secteur concerné. Les bassins peuvent être impactés lors des périodes de restriction d’eau, notamment parce qu’ils peuvent être considérés comme un usage non prioritaire.

Les piscines collectives sont également concernées, notamment les équipements anciens qui peuvent présenter des consommations importantes liées aux renouvellements d’eau nécessaires ou aux problèmes de fuites.

Pour les piscines privées, la question des fuites représente aussi un enjeu. Une petite fuite qui perdure dans le temps peut entraîner une consommation importante à l’échelle nationale si l’on additionne tous les bassins concernés.

La raréfaction de l’eau potable pourrait-elle entraîner une hausse importante du prix
de l’eau ?

L’évolution du prix de l’eau est difficile à prévoir dans ses proportions, mais une augmentation semble probable, notamment avec la hausse des coûts liés à l’énergie et au traitement de l’eau.

Cette évolution pourrait toutefois se faire progressivement et concerner en priorité les plus gros consommateurs, comme les industriels, qui disposent davantage de moyens pour mettre en place des solutions d’économie ou de réutilisation.

Le modèle actuel de gestion de l’eau devra également évoluer, car aujourd’hui une partie des acteurs sont rémunérés en fonction des volumes consommés, alors même que l’objectif collectif est de réduire ces consommations.

Quelles seront selon vous les solutions prioritaires pour préserver la ressource ?

La première étape sera d’apprendre à mieux utiliser l’eau dont nous disposons. Cela passe par la réduction des consommations, la détection des fuites, mais aussi par une réflexion sur l’usage adapté à chaque qualité d’eau.

Aujourd’hui, nous utilisons encore beaucoup d’eau potable pour des usages qui pourraient être réalisés autrement. À l’avenir, la réutilisation des eaux, l’utilisation de l’eau de pluie ou d’autres ressources alternatives pourraient devenir des pratiques plus courantes.

L’objectif sera de réserver l’eau potable aux usages qui nécessitent réellement cette qualité d’eau. 

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