SPECIAL COLLECTIVITE

par laurence

Entre réticences et appréhension
Pourquoi la collectivité rebute-t-elle le piscinier ?

Alors qu’il aurait toute la légitimité pour se positionner sur ce marché de la piscine collective, le piscinier hésite souvent à franchir le pas à cause de craintes et d’a priori tenaces.

Des craintes difficiles à dépasser

La volonté de préserver la pérennité de son entreprise
Beaucoup de pisciniers peuvent être réticents à l’idée de répondre à l’appel d’offres pour un projet de piscine collective car ce sont de gros chantiers. Les budgets colossaux parfois mis en jeu impliquent une immobilisation humaine et financière importante. Le professionnel éprouve donc une crainte naturelle de voir le projet capoter au risque d’entraîner des pertes importantes en temps et en argent.
Le piscinier chef d’entreprise est donc en proie à un dilemme. Son besoin de veiller à la stabilité financière et à la bonne organisation de sa société se confronte à sa volonté de capter un projet générateur de profit et pouvant constituer une excellente vitrine de son savoir-faire.

Des compétences en question
Bien souvent, si le piscinier ne se positionne pas sur le marché de la piscine collective, c’est parce qu’il considère – pas forcément à raison – qu’il n’en a pas les moyens, tant au niveau des compétences que de sa structure ou de ses moyens humains. De son point de vue, son expérience se heurte à plusieurs limites mentales qu’il a du mal à abolir :

  • le facteur temps. Pour la construction comme pour l’entretien, une piscine collective nécessite une très grande réactivité. Le respect du calendrier est beaucoup plus important et coercitif que dans le cas des piscines privées familiales, avec des pénalités de retard qui sont fixées à la signature du contrat. Entre ces délais impartis et l’urgence de rétablir une situation problématique mettant à mal l’utilisation du bassin, le piscinier ou ses équipes doivent pouvoir être disponibles quasi instantanément. C’est cette capacité à pouvoir (ré)agir extrêmement vite qui effraie ;
  • la complexité de la législation. « Le piscinier souffre d’une certaine forme d’ignorance de la législation en matière de piscine collective, analyse Christel Ageorges, membre de la Compagnie Nationale des Experts en Piscines et Spas (CNEPS). Cette méconnaissance génère en quelque sorte une peur des normes et des contraintes. Le piscinier ressent une appréhension quant à la taille de la réalisation qu’ils seraient susceptibles de prendre en charge » ;
  • l’isolement. Le piscinier craint de se sentir seul pour mener à bien un projet de collectivité dans le respect de la loi et du temps imparti. Il éprouve donc un réel besoin de conseils sans pour autant savoir quel interlocuteur serait en mesure de l’appuyer. Certains bureaux d’études existent pourtant, mais il est vrai qu’ils ont plutôt l’habitude de traiter avec les entreprises de BTP.

 

La difficulté à s’intégrer dans un projet collectif

La perspective de travailler avec d’autres corps de métier souffre d’un a priori bien souvent négatif aux yeux des pisciniers.

Composer avec des architectes omniprésents
« Il convient de reconnaître que la prépondérance des architectes pose un véritable problème. Dans l’immense majorité des cas, ce sont eux qui captent en premier le contact, qui proposent un projet esthétique mais qui dans les faits sont bien souvent éloignés d’une quelconque faisabilité. »
Étant le premier interlocuteur, l’architecte bénéficie d’une aura auprès du client et d’une certaine confiance a priori. Il lui est ainsi possible de faire barrage aux préconisations du piscinier lorsque celui-ci met en avant que le projet va poser problème dans sa matérialisation. Même s’il a besoin de voir se concrétiser ce projet, il est important que le piscinier ne cède pas et reste ferme sur ses convictions techniques. « Dans les faits, c’est très compliqué de tenir cette position, reconnaît volontiers Christel Ageorges. Mais pour le piscinier, c’est la garantie de ne pas être mis en porte-à-faux ou impliqué dans des démarches juridiques. » Car ne l’oublions pas : c’est le piscinier qui est le seul responsable à la fin du chantier.
Il est important de ne pas chercher à dupliquer son concept de piscine collective d’un projet à l’autre. Le client a beaucoup de besoins qui sont tous différents d’un projet à l’autre, avec une réalité particulière liée à une configuration spécifique. Tout cela nécessite des ajustements. Si le piscinier arrive avec des idées préconçues, elles vont forcément venir se confronter à la réalité ou aux idées d’un autre intervenant, par exemple le maçon. Il est donc important de dialoguer avec l’architecte (qui, rappelons-le, est le seul interlocuteur du maître d’ouvrage, mais qui ne dispose pas systématiquement de toutes les connaissances et compétences techniques dans l’application des contraintes réglementaires).

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Le dernier intervenant
La réalisation d’un bassin collectif peut être subdivisée en lots, l’exécution de chacun d’entre eux étant confiée à différents corps de métiers. Dans de tels cas de figure, le piscinier n’intervient que pour le local technique ou l’installation hydraulique. Il arrive donc en dernier pour réceptionner un lot qui n’a pas forcément été fait dans les règles de l’art. Mais étant donné que c’est le dernier intervenant, il devient responsable.
Il est donc important qu’en tant que professionnel, le piscinier puisse se prémunir contre tous les vices potentiels en faisant un état des lieux exhaustif.
« Idéalement, il faudrait même qu’il puisse assister aux différentes étapes du chantier en amont de son intervention, suggère d’ailleurs Christel Ageorges. Mais dans les faits, le piscinier n’est parfois sollicité qu’en dernier recours. Il lui est donc matériellement impossible de surveiller l’avancement précédent du chantier. » Le piscinier est ainsi parfois confronté à l’exiguïté d’un local technique et à une problématique quasi insoluble.
« Comment peut-il réaliser l’installation technique d’une piscine collective dans un espace faisant moins de deux mètres carrés ? »
La subdivision en lots de la réalisation d’une piscine collective poursuit une logique cohérente en théorie : confier l’exécution de chaque tâche spécifique au professionnel spécialisé le plus qualifié pour l’accomplir.
Dans les faits en revanche, il s’avère que cette approche se heurte à certaines limites, en premier lieu celle de la cohérence de l’ensemble. « Si l’on considère chaque lot de manière indépendante, il est tout à fait probable qu’il ait été réalisé correctement. En revanche, il n’est pas du tout acquis qu’il s’intègre correctement dans un ensemble fonctionnel cohérent. Dans ce cas, bien que chaque unité soit correcte, en revanche la piscine, elle, ne l’est pas. »

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L’importance si cruciale du devis

Que faudrait-il faire et ne pas faire en tant que piscinier lorsqu’on répond un appel d’offres?
« Il faudrait presque créer une école du devis », suggère Christel Ageorges. Et l’experte auprès de la CNEPS d’insister :
« Pour un projet de piscine collective, il convient de détailler précisément dans son devis toutes les étapes de la réalisation car il y a énormément d’exigences normatives et de règles à respecter. »

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En phase de projet, le piscinier est en présence d’intervenants qui peuvent obérer sa capacité à faire entendre ses recommandations au client final (cf. plus haut). Pour se prémunir contre de mauvais choix futurs sur lesquels il n’aurait pas pu influer, et « parce qu’il sera le dernier intervenant et qu’il a un devoir légal de conseil », le piscinier se doit au minimum de laisser une trace écrite de ses conseils et ses préconisations. Ces traces écrites sont tout aussi indispensables dans le cas d’un bilan après visite préalable à une rénovation.
Le devis est un document contractuel, officiellement reconnu s’il y a litige. Dans l’idéal, il convient donc de réaliser un devis détaillant tout ce qu’il est possible de choisir comme équipement, avec des cases attenantes qui seront à cocher. Comme cela, il y a une trace écrite de toutes les préconisations et le devis vaut trace contractuelle du devoir de conseil.

 

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