FORMATION : LE REGARD DU TERRAIN / Interview de David Browarek

« Aujourd’hui, le Titre Professionnel est la solution la plus attractive pour les jeunes comme pour certaines entreprises »

Avec des jeunes parfois moins expérimentés, des entreprises qui attendent une grande polyvalence dès la sortie de formation et les contraintes économiques post Covid, la formation aux métiers de la piscine évolue et doit s’adapter aux attentes du secteur. David Browarek détaille l’évolution des référentiels, les compétences concrètement attendues sur le terrain et les limites des parcours courts comme le Titre professionnel, en rappelant ce qui prime vraiment : former avant tout, vite… mais efficacement.

Référent du secteur Piscine au CFA « École des Métiers de la Piscine » de Rignac (Aveyron)

Comment a évolué la formation aux métiers de la piscine
ces dernières années ?

L’évolution a été plutôt stable jusqu’au Covid : les centres, bien répartis sur le territoire, offraient une qualité pédagogique satisfaisante. Les référentiels du ministère de l’Éducation nationale, qui servaient de ligne directrice pour les centres et les équipes pédagogiques, étaient un peu vieillissants. Beaucoup de centres, dont le mien, ont participé à leur réécriture, ce qui a permis d’assurer une meilleure cohérence pédagogique dans le métier.

Après la crise sanitaire, deux paramètres ont un peu compliqué les choses : d’abord la morosité économique qui a impacté les inscriptions, et ensuite l’arrivée du Titre Professionnel (TP), plus court que le Brevet Professionnel (BP).  Le TP, plus court et axé sur le terrain, permet d’être opérationnel rapidement, ce que les entreprises apprécient. 

En revanche, la formation est moins approfondie que le BP, qui s’étend sur deux ans et inclut enseignement général, anglais, etc. Aujourd’hui, les jeunes sont moins enclins à suivre la voie du BP, et le TP reste donc la solution la plus attractive pour eux comme pour certaines entreprises.

Quelles sont aujourd’hui les compétences les plus recherchées par les entreprises du secteur ?

Aujourd’hui, les entreprises sont en quête d’ultra-polyvalence. Le candidat doit être capable de présenter correctement les solutions aux clients, de maîtriser la membrane armée, de comprendre la chimie de l’eau et de gérer les systèmes de domotique. C’est un peu le « mouton à cinq pattes », mais chez nous, on en demande plutôt dix ! Ces profils se montrent rares, notamment avec les TP plus courts et un vernis technique moins dense. Cependant, ces jeunes doivent apporter de la valeur ajoutée. Même s’ils sont moins expérimentés, ils doivent comprendre le fonctionnement général des équipements et être capables de résoudre des situations auxquelles l’entreprise n’a pas forcément pensé. C’est là que l’employabilité rapide devient un enjeu : les entreprises souhaitent des profils efficaces immédiatement.

Quel type de profils formez-vous à l’École des Métiers de la Piscine ?

C’est extrêmement varié. Nous avons des jeunes, mais aussi beaucoup de personnes en reconversion : des gens qui ont changé de vie, parfois après un burn-out, ou qui ont complètement abandonné un projet initial, comme une licence de droit pour devenir piscinier. Les niveaux sont très disparates. Nous avons des candidats qui éprouvent des difficultés à fournir l’effort attendu, et d’autres extrêmement motivés et compétents, surtout sur les formations continues courtes. Ces dernières permettent aux professionnels de monter rapidement en compétences sur des sujets précis, et là, la qualité est au rendez-vous. Pour moi, une salle de formation est un microcosme de la société : des parcours variés et des motivations multiples, ce qui rend le métier passionnant mais parfois éprouvant !

Les nouvelles technologies, comme les PAC, le traitement automatisé ou les équipements connectés, font-elles évoluer les formations ?

Bien sûr ! Ce qu’on faisait il y a dix ans n’est plus applicable. Vider des piscines, manipuler des équipements énergivores… ce n’est plus possible. Les nouvelles technologies nous poussent à moderniser les formations et à transmettre correctement les savoirs techniques.

Cependant, il faut pointer un paradoxe : les industriels proposent des formations gratuites en interne sur leurs produits. C’est utile pour rendre l’artisan compétent, mais uniquement sur une gamme de matériels. Cela ne tire pas forcément le métier vers le haut, l’artisan restant limité à une gamme de produits. Pour moi, la pédagogie doit rester indépendante et donner un vernis technique complet.

Le secteur de la piscine rencontre-t-il des difficultés de recrutement ?

Non, pas vraiment. Pour des profils standards, il n’y a pas de vrai problème. En revanche, pour le fameux « mouton à cinq pattes », la personne ultra-compétente et polyvalente, c’est difficile. Ces profils ont un coût, un engagement, et les entreprises ne sont pas forcément prêtes à assumer cela.

Il y a aussi une perception biaisée : dès qu’un rayon de soleil arrive, tout le monde s’active pour l’ouverture des piscines, et les entreprises cherchent rapidement du personnel qualifié. Mais trouver un candidat avec les compétences, la polyvalence et la motivation souhaitées reste un défi.

Quelles sont les perspectives pour la formation aux métiers de la piscine en 2026 ?

Honnêtement, les perspectives sont fragiles. Les difficultés liées à cette période mouvementée — entre les élections et la baisse des primes à l’apprentissage — compliquent la situation.

Pour moi, le rôle premier d’un centre de formation est de former correctement les candidats. Le second objectif est de générer un peu de revenus. 

Les difficultés de recrutement et l’ensemble des problématiques citées plus haut rendent l’analyse difficile et l’évolution incertaine.

La formation dans le monde de la piscine est à un tournant, et chacun réalise des efforts considérables pour se maintenir à flot. Seul l’avenir nous dira quel sera le bilan de cette période.

À lire aussi

Inscrivez-vous à notre newsletter