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La perturbation du cycle de l’eau

par cdalgobbo

La perturbation croissante du cycle de l’eau due au changement climatique représente un défi sans précédent à l’échelle mondiale, avec des implications profondes et généralisées sur les écosystèmes, l’économie et la qualité de vie des populations. Alors que les températures atmosphériques continuent d’augmenter à un rythme alarmant, les effets sur le cycle de l’eau deviennent de plus en plus visibles et préoccupants. 

Comment le changement climatique impacte-t-il le cycle de l’eau ? 

L’augmentation des températures a un premier effet assez mécanique sur le cycle de l’eau à l’échelle mondiale : en se réchauffant, l’atmosphère est davantage capable de contenir de la vapeur d’eau. Le changement climatique, résultant principalement du réchauffement de l’air et de l’eau, ainsi que des perturbations dans les schémas de circulation atmosphérique et océanique, entraîne une série de bouleversements dans le cycle de l’eau. 

Ces changements ont des conséquences profondes affectant à la fois les ressources en eau douce et les schémas de précipitations. Ces perturbations se manifestent de différentes manières, allant de l’augmentation du ruissellement et de l’évapotranspiration à la sécheresse des sols, à l’épuisement des nappes phréatiques, à la réduction des glaciers et à la baisse des débits des cours d’eau.

Parallèlement, l’urbanisation croissante et l’artificialisation des sols accentuent ces effets, accélérant le cycle de l’eau et augmentant la pression sur les ressources hydriques disponibles. Les répercussions de ces changements se font sentir dans de nombreux secteurs, notamment l’agriculture, l’approvisionnement en eau potable et même les loisirs tels que les installations de piscine.

À mesure que les températures mondiales continuent d’augmenter, les conséquences sur le cycle de l’eau s’accen-tuent. Chaque incrément de réchauffement supplémentaire aggrave les changements observés, avec des effets contrastés sur les précipitations selon les régions. 

Si certaines zones connaissent une augmentation des précipitations, d’autres sont confrontées à une sécheresse accrue, exacerbant ainsi les défis liés à la gestion de l’eau.

Bien que les volumes annuels de pluie ne devraient pas connaître de changements significatifs, on prévoit en revanche des modifications importantes dans leur répartition saisonnière. Dans nos régions, les projections indiquent une augmentation des précipitations hivernales, pouvant dépasser les 10 % d’ici à 2100. En montagne, ces chutes de pluie hivernales deviendront moins fréquemment des chutes de neige, sauf à des altitudes très élevées. Parallèlement, les étés devraient être généralement plus secs, également d’environ 10 %. Ce ne sont pas seulement les terres, mais aussi les océans, et également les surfaces enneigées et glacées qui sont affectées. Et la fonte des glaciers affecte directement les ressources en eau : modification de la saisonnalité des débits des cours d’eau, avec un pic plus précoce dans les régions de montagne ou de haute altitude.

Les eaux souterraines, quant à elles, réagissent de manière plus lente aux changements climatiques. Jusqu’à présent, peu d’effets ont été démontrés en France au cours des décennies passées, mais plusieurs modèles suggèrent que les recharges des nappes pourraient être considérablement affectées dans certaines régions, notamment les aquifères alimentés par les précipitations.

La perturbation du cycle de l’eau a donc des impacts bien plus importants à terme que l’augmentation de la température de l’air. C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne parle désormais plus de réchauffement climatique mais bien de changement climatique voire de dérèglement climatique

Ce dérèglement climatique impacte négativement la quantité (accroissement du stress hydrique) des ressources en eau mais également leur qualité (multiplication des agents pathogènes, etc.).

Quels impacts quantitatifs et qualitatifs sur la ressource en eau et sur l’industrie de la piscine ?  

La rareté croissante de la ressource en eau se traduit déjà par des restrictions strictes, telles que les arrêtés sécheresse, qui limitent directement le remplissage des piscines pour les particuliers. De plus, les événements climatiques extrêmes, tels que les tempêtes et les inondations, deviennent plus fréquents et plus intenses, mettant en péril les infrastructures et les écosystèmes. On parle souvent de la rareté de la ressource et des sécheresses mais le changement climatique a aussi pour conséquences une intensification des saisons et des évènements humides. Les événements de pluie extrêmes vont être plus fréquents et plus sévères, et donc les risques d’inondation augmenteront. Et d’autant plus que les taux de précipitations liés aux cyclones et orages vont augmenter à mesure que le réchauffement augmente.

Tous ces évènements extrêmes ont un impact direct sur la biodiversité animale et végétale. On parle beaucoup des sécheresses mais il n’y a pas que le manque d’eau qui peut poser problème, un excès d’eau hivernal peut provoquer une anoxie racinaire pour les plantes (difficulté de respiration).

Pour finir, les variations dans les précipitations et les températures peuvent affecter directement la qualité de l’eau des piscines. Les précipitations abondantes peuvent entraîner une augmentation des contaminants dans l’eau, tels que les feuilles, les débris et les polluants chimiques provenant du ruissellement urbain. En revanche, les périodes de sécheresse prolongées peuvent concentrer les produits chimiques dans l’eau, rendant plus difficile le maintien d’un équilibre chimique optimal. Ces fluctuations peuvent entraîner une dégradation de la qualité de l’eau, nécessitant des ajustements fréquents dans les pratiques d’entretien et l’utilisation de produits chimiques pour maintenir des niveaux acceptables de pH et de désinfection. Dans une mesure moindre, le changement climatique pourrait également affecter la qualité des eaux souterraines. C’est particulièrement le cas près des littoraux, où un risque de salinisation des aquifères est souvent anticipé en raison de l’élévation du niveau de la mer.

Nous sommes tous déjà témoins de ces changements, et le temps presse. La limite planétaire du cycle de l’eau douce a été dépassée dès 2022. En résumé, la perturbation du cycle de l’eau induite par le changement climatique représente un défi majeur dans les années à venir, auquel l’industrie de la piscine devra également faire face. La lutte contre le dérèglement climatique et l’adaptation à ces changements sont impératives.

Texte : Maëlle Ranquet / Ingénieur environnement et ressources en eau / Centrale Lille / University of Texas at Austin / Illustrations : Freepik

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